World of Goo Screen

Je vous ai déjà parlé de World of Goo dans un billet précédent, plutôt orienté économie, mais finalement je n'ai jamais parlé du jeu en lui même. World of Goo (WoG pour faire court) est un jeu de contruction / réfléxion sorti fin 2008 et développé par 2Dboy, un studio indépendant américain. Et par "studio", j'entends "juste deux talentueux ex-employés d'EA". Le but du jeu est de créer des tours et autres structures composées de petit êtres vivants appelés "balls of Goo" (intraduisible, mais imaginez une boule de pétrôle ou de morve dotée d'une paire d'yeux) afin d'atteindre un tuyau qui va aspirer les boules non utilisées. L'objectif étant d'atteindre le quota requis en fin de chaque niveau.

Dans mon esprit, WoG est, avec Braid, une icône du jeu vidéo indépendant, parce qu'il a prouvé au public que les "jeux de garage" pouvaient être de vraies réussites, à la fois critiques et financières. Le label "indé" en a gagné en crédibilité et la visibilté de cette catégorie de jeux a été améliorée. C'est un de mes coups de coeur de 2008. J'aime chaque élément du jeu: son gameplay de contruction avec ses pièges physiques; sa direction artistique étrange et attachante; sa bande son tantôt enjouée, tantôt mélancolique, tantôt épique; et son humour. Au delà de ça, en tant que développeur, je suis sensible à l'histoire du développement du jeu (un simple jeu expérimental devenu une production couronnée de succès), l'esprit de ses développeurs, etc.

Mais ce dont parlent rarement les test du jeu, c'est aussi les messages que le jeu véhicule, car derrière une façade de jeu cartoon plein d'humour, se cache en réalité une critique de notre société: les grands groupes qui écrasent leurs employés et leur concurence, la course à la beauté, la course au progrès, la main-mise des géants de l'informatique sur nos information personnelles... Beaucoup de thèmes sont ainsi abordés de manière indirecte, camouflés dans le décor ou dans le gameplay. C'est le sujet d'un dossier (en anglais) sur GameObserver.com appelé "We are World of Goo" (à lire ici). En voici quelques extraits:

Quand vous complètez le niveau “Hang Low”, la société "World of Goo" ouvre ses portes et on nous montre une vidéo de sa clientèle. Les clients ont tous le regard porté vers le nouveau bâtiment de la société et quand ils parlent, ils ne s'expriment pas avec des mots mais en poussant de petits cris aigus, à la manière de souris. Serait-ce la façon dont la société World of Goo, et que les entreprises du monde réel qu'elle représente, nous considèrent, comme des souris couinantes qui n'existent que pour consommer leurs produits?

Au début, l'idée d'utiliser la beauté comme source d'énergie pour alimenter le monde semble inspirée, jusqu'à ce qu'on se rende compte de quelle genre de beauté il s'agit. Le genre qui exclut certaines personnes pour le bénéfice d'autres, le genre pour lequel certains "moins chanceux" sont sacrifiés. Une beauté conservée seulement grâce à la chirurgie et aux injections; des visages qui perdent leur abilité à s'exprimer au nom de la "beauté".

Si vous ne connaissez pas le jeu ou si vous vous intéressez à la manière dont est construite le jeu, je recommande chaudement le visionnage de cette vidéo (encore en anglais, mais on peut activer les sous-titres) qui se concentre sur la manière dont le gameplay du jeu est présentée au joueur et comment l'aspect technique soutient ce gameplay.